Ecrits

Transparence et fusion

Si la transparence manifeste la présence du fluide, de l’immatériel, de la surface fixe réfléchissante, la Muse du  monde symbolique nous dit que l’ombre est le fond sans lequel l’image ne peut être révélée.

La fusion associe la matière à l’image, l’ombre à la lumière.
N’est ce pas une association idéale que celle du feu et de l’eau ?

Elle paraît impossible et pourtant ? L’étrange transparence de l’eau devenue  glace, du sable si proche de l’état liquide, devenant verre par l’action du feu.

Considérons l’image comme un feu, que le regard de l’homme absorbe et découvre, comme un élément constitué par tout ce qui a put être pensé, élaboré, transmis, construit, créé pour laisser une trace intelligible, être déposé dans la mémoire translucide, immatérielle de l’humanité.

La transparence d’un tissu ne rend-t-elle pas le corps plus précieux ?
Les voiles qui recouvrent la réalité, n’éveillent-t-ils pas la curiosité du chercheur ?

Tout dans la transparence nous souffle la sensualité, vers un rapport amplifié à tout ce qui est vu.

Peut être que le reflet, de celle ou celui qui se voit à la surface de l’eau nous fascine parce qu’il s’unit à la complexité du monde, au sens déjà absorbé.

Quand la transparence, devient une manifestation de l’impermanence du monde, quand l’image fusionne avec la clarté ondulante du fluide, nos mémoires s’activent à rechercher dans le brouillard des mondes, le moment où nous avons pour la première fois été pénétrés par la lumière.

Recouvrements

Dans une volonté de divulgation il est parfois nécessaire de donner à comprendre les influences ainsi que les références pour qu’une construction mentale soit perceptible.

La série des tableaux, Les meules, Les façades de La cathédrale de Rouen, Claude Monet a saisie la modulation de la couleur et de la lumière à différentes heures de la journée avec une conception et une composition déjà influencée par la photographie, naissante à l’époque.

L’étude de ses œuvres a influencé ma réflexion sur le travail que je développe avec les “Recouvrements”.

Le Land Art a ouvert un champ de possibilités, de libertés à expérimenter pour partager dans l’espace commun une position esthétique.

La série non achevée des Recouvrements vient répondre à une question.
Comment réinventer une manière de peindre un paysage ?

Avec “Les Recouvrements”, je peints autant le paysage, qu’avec le paysage, pour en extraire sa partie cachée.
L’appareil photographique capte le mouvement de la lumière.

Chaque mouvement du cellophane étiré sur un rocher ou un corps est composé par un mouvement semblable à celui d’un outil pictural, c’est un geste.

Le tube a révolutionné la peinture dans son rapport au sujet. Le cellophane me permet de dire ce que l’image et la peinture ont à rendre à l’évolution de la technique dans notre nouvelle relation à l’idée de nature.

Pièce numérique “Unités sensibles”

Cette pièce “Unités sensibles” est composée d’unités programmées pour déployer des formes en perpétuel mouvement.

Le vide préservé, est la source des possibles expansions, de structures triangulaires qui composent toutes les formes qui s’orientent au hasard, pour vivifier un espace en devenir.

Peinture

La peinture est la technique qui me permet de fixer mon mouvement intérieur dans ma relation à la nature.

La composition de la palette m’oriente vers un climat, une profondeur de tons où le sujet, sans forme, n’est présent que par une sensation.

Je concentre sur la toile un relevé poétique issue d’une assimilation consciente d’un environnement, d’un poème, d’une relation à l’idée de nature

Texte rencontres ACE 2016

Réunion, commission droit de l’art ACE

Le thème de cette réunion est :

« comprendre le marché de l’art contemporain », et s’adresse à des avocats spécialisés ou complétement néophytes qui voudraient comprendre comment et pourquoi acheter une œuvre d’art contemporain aujourd’hui. Leur impression est celle d’un grand flou dans lequel il est difficile de percevoir les tendances.

Comprendre le marché de l’art, c’est, rentrer dans l’analyse de l’évolution des rapports humains qui le compose, dans la compréhension des systèmes de valeurs qui structurent les différentes formes d’expressions.

Cela paraît évident de l’évoquer, il est néanmoins important de le rappeler afin de s’accorder rapidement sur des constats communs.

Comprendre la transformation du marché de l’art, c’est identifier les influences qui nourrissent et favorisent l’émergence de formes et contenus soutenus par nos désirs créateurs.

L’outil informatique a transformé et révolutionné nos sociétés par la dimension qu’il donne à chacun de nos actes, images tangibles de nos choix plus ou moins conscients.

L’utilisation des différents outils de médiatisation d’images forge et donne un pouvoir, une crédibilité à la construction de divers modes de représentations.

Nos clics, nos « j’aime », sont perçus par des présences attentives comme un crédit donné à des entreprises qui nous renvoient des images enfantines d’une réussite paradisiaque uniquement valable pour ceux qui veulent aller au paradis.

Nous sert-elle? Que pouvons nous en retenir de constructif ?

Bien souvent, nos gestes générateurs de richesses reçoivent en retour des propositions confuses, produites par les mouvements du grand processus de crédibilisation qu’engendre la médiatisation orientée par une pensée publicitaire qui ne sert au final que son image narcissique.

Celle-ci influence, dans sa logique, bien des créateurs et des producteurs culturels qui entrevoient leur salut dans ce superbe tunnel lumineux qui à la fois nous protège et nous enferme.

Mais quand produisons-nous du Nous ? Du sens commun, nécessaire à la construction d’une représentation commune, qu’il est bon de ne pas confondre avec une dépendance commune.

De la difficulté de percevoir les tendances.

Le sens commun est bien souvent enseveli et confondu par un besoin de reconnaissance inconsciemment partagé, nécessaire à la construction d’une image sans laquelle un processus d’indentification avec un devenir plus ou moins idéal ne peut se faire.
Est ce que se reconnaître mutuellement n’est pas reconnaître l’autre en nous ?

Identifier ce que l’autre a en commun avec soi ?

C’est par ce passage réflexif si précieux que bien des vendeurs de miroirs aux alouettes viennent glisser des filtres et des obturateurs pour installer les supports de leur fortune, cela participe grandement à l’impression de flou, de confusion.

Quand l’enjeu de la construction de l’image de soi, à travers le regard de l’autre, est récupéré et en quelque sorte privatisé par ceux qui savent en tirer profit, nous nous retrouvons dépossédés de ce qui par le passé était producteur du Nous.

Cette part de nous-même qui était canalisée pour certains, ou colonisée pour d’autres, par le biais des enseignements religieux, se retrouve aujourd’hui comme une construction, une structure dénudée de sa chair et de sa pulpe, de sa substantifique moelle, récupérée et mise en vente au plus offrant.

Le rapport d’identification avec une déité, a été, malgré tout ce l’on peut en penser, un moyen de construire une humanité, qui dans sa quête de pouvoir et de pratique de la cruauté, a malgré tout fait évoluer les choses et les relations pour une meilleure régulation des rapports humains, a structuré les sociétés, a permis d’évoluer, de produire un héritage qui aujourd’hui est exploité par les intérêts particuliers.

C’est bien sur ce sens commun qui parfois nous fait défaut, sens orienté sur un désir de laisser une trace autre que celle de notre mise en danger, que se greffe notre désir de faire et de construire.

Comprendre le marché de l’art, c’est s’introduire dans une lecture distanciée du monde, et choisir ce qui nous est possible de vivre et de transmettre avec notre sensibilité, qui par nos choix fait de nous des créateurs d’œuvres, de collections, d’institutions, galeries, de fondations etc.

Chacun de nos choix peut être perçu comme une façon de créer un devenir qui, pour qu’il soit porteur d’une dimension humaine tangible, transmissible par les générations futures, demande à être soutenu par un système de valeurs suffisamment stable et partagé pour qu’il soit intelligible dans les siècles à venir.

Nous sommes là face à ce qui est de l’ordre du langage, de sa précision et de son devenir.

Cette position va à l’opposé de ce qui est bien souvent choisi actuellement dans le milieu de l’art contemporain. Il s’y pratique une pensée du profit à court terme dont certains d’entre nous se plaignent, auxquels néanmoins peu s’opposent par leurs positions, leurs actes, et leurs implications.

Mais pourquoi s’y opposer ? Pourquoi ne pas faire et entreprendre avec ce qui est construit ? Ce que nous avons construit, ne pouvons-nous pas l’adapter à nos nécessités, en y incluant les notions qui nous semblent indispensables pour poser un devenir qui nous convienne ?

La situation actuelle du monde de l’art contemporain me semble être à l’image d’un nouveau monde en formation, où, après la transformation politique et idéologique des différents modes d’organisations sociales, entamée depuis les années 60, nous apaisons notre désillusion dans la reconnaissance d’une image de nous même, qui nous est offerte sans investissement moral. Cette image fugace participe au maintien non plus d’une consommation à outrance, mais plutôt d’un énorme processus de compensation.

Cette compensation pourrait être une solution si, dans son élan d’apaisement immédiat, elle n’était accompagnée par une sensation de plaisir manqué, qui nous pousse, avec toute l’intelligence développée par le marketing, à nous fondre dans des dépendances compensatrices qui bouleversent nos repères et notre humanité.

Quels moyens avons-nous pour transformer tout cela ?         Nos convictions ? Elles peuvent être une force motrice quand elles seront alimentées par nos énergies créatrices de solutions.

Pour cela il est important de concevoir la création non pas comme une fin en soi, mais plutôt comme un outil que nous avons en quelque sorte domestiqué par l’acquisition de savoirs, pratiqués en connaissance pour développer nos techniques, nos modes de productions et de transmissions de valeurs.

La création pratiquée comme une fin en soi, sans cause à servir, fait de nous des créateurs sans sens commun, des sous traitants d’un monde ou l’art devient un autre produit de luxe, où le luxe finira lui aussi, par perdre sa valeur.

Le grand flou perçu est peut-être dû à ce déplacement de systèmes de valeurs qui évoluent avec l’influence d’une minorité, qui par son action orientée sur le simple investissement, réveille une frustration bien souvent constatée, mais qui reste difficile à identifier et à comprendre.

Une œuvre peut elle être créée avec ce que nous sommes aujourd’hui ?

La transformation de notre héritage matériel et immatériel nous a placé dans une position que nous ne pensions pas avoir à résoudre d’une façon aussi aigue, aussi gorgée de l’absence que nos anciens nous ont laissé.

Effectivement tout nous pousse à nous positionner, à forger notre place avec ce que le monde est aujourd’hui ; il reste à en choisir le but, une intention pour d’autres.

J’ai pour ma part choisi de me positionner en tant qu’artiste, dans l’optique de créer une œuvre en combinant la problématique que contient le monde actuel, avec ma volonté de construire une œuvre porteuse d’un monde sensible et intelligible.

Créer avec la problématique présente c’est aussi construire en choisissant les matériaux conceptuels les plus stables, la matière qui composera mes œuvres qui, avec le temps, ne sera pas confondue avec un emballage ou une enseigne publicitaire.

Créer avec la problématique actuelle, contenue dans le monde des idées, c’est choisir et transformer mes références en formes construites, qui non seulement expriment ma position mais aussi celles que d’autres ont posées par le passé.

Dans cette volonté de considérer ce qui nous fut légué, j’ai choisi de traduire la référence plutôt que de l’utiliser comme un faire valoir qui protège ma démarche par une figure faisant autorité, d’être cohérent plutôt qu’obéissant à une politique par d’autres posée, qui ont leurs intérêts, Il nous reste à nous artistes, de choisir et de nous positionner en créateurs responsables, et non pas en simples fournisseurs d’images au service de producteurs d’événements culturels.

La référence protège du vide auquel nous confronte la création, la référence est aujourd’hui la garantie d’être considéré et reconnu dans un rapport qui cherche davantage à rassurer qu’à construire, mais rassurer pour quoi faire ?

De quoi et pourquoi avons nous peur ? De quoi nous protégeons nous ? Qu’avons nous à perdre ? Si ce n’est notre temps et notre richesse immatérielle transmise à travers ce que nous laisserons aux regards futurs ?

Le monde de l’art contemporain reconnaît l’individu et le sécurise, par ses relations multiples avec le monde de la finance, les investisseurs qui s’assurent d’avoir une image de marque à la hauteur de leurs investissements.

L’art ne devient-il pas ainsi une image de marque au même titre qu’un emballage de luxe vide de sens ?

Le grand flou artistique que nous observons découle d’un ensemble de positions et de responsabilités qui ne sont pas prises par les différents acteurs du monde de l’art, qui par peur d’être exclus d’une famille nourricière se conforment au lieu de tout simplement s’exprimer. La censure est nourrie par celle que l’on s’applique d’abord à soi même, ensuite, tout n’est qu’une relation de cause à effets qui se démultiplie et s’amplifie, que l’on retrouve à différentes échelles de la société.

Pourquoi acheter de l‘art contemporain aujourd’hui ?

Pour soutenir l’instinct vital, le fil de sens, la vision que l’humanité, depuis les grottes de Lascaux, Chauvet (…), a construit grâce à des modes de représentations qu’elle a voulu stables.

Pour favoriser et soutenir un élan créatif toujours en renouvellement, garant de la vitalité de nos sociétés.

Pour transmettre l’émerveillement que procure l’observation autant de la nature humaine que celle d’une nature monde, qui dans sont hallucinante beauté et complexité nous offre la possibilité autant d’apaiser une inquiétude ontologique, qu’une capacité de mettre en place de quoi nous détruire. 

Pour permettre à des passeurs que sont les artistes de garder et d’entretenir le trésor commun composé de tout ce qui fut acquis par l’humanité, pour ainsi apaiser notre peur fondamentale.

Pour nous rendre hommage, rendre hommage à notre capacité de construire des conventions communes, des formes de représentations qui font de l’homme l’animal le plus hallucinant, celui qui prend soin de préserver son corps, pour qu’après sa mort soit visible une trace de son image, mémoire fossile d’une vision du monde.

José Manuel Massano

Mai 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 

 

En 1986, après l’école d’arts appliqués de Périgny sur Yerres, il entre aux Beaux-Arts de Paris, puis complète sa formation dans les ateliers  de peintres, sculpteurs, dessinateurs, et graveurs.

En 1988, Il réalise ses premières interventions à Paris sur l’idée de lien social, du passage entre espace individuel et collectif.

En 2000, il débute une série de dessins s’appuyant sur une traduction de la pensée numérique. Il reprend ses codes fondamentaux où le 0 et le 1 se transforment, en devenant des synonymes symboliques, de l’infini, O, et du monde fini, I, de l’unité et de ses relations mises au service de la découverte de nouvelles formes composantes d’ un nouvel univers.

Depuis cette réflexion dans laquelle le devenir du corps et de l’environnement prennent une place importante est contenue dans toutes les disciplines qu’il aborde : sculpture, peinture, dessin, images numériques, interventions….

 

Peinture

La peinture est la technique qui me permet de fixer mon mouvement intérieur dans ma relation à la nature.

La composition de la palette m’oriente vers un climat, une profondeur de tons où le sujet, sans forme, n’est présent que par une sensation.

Je concentre sur la toile un relevé poétique issue d’une assimilation consciente d’un environnement, d’un poème, d’une relation à l’idée de nature